Naissance du spiritisme

Ou comment des médecins d'alors ont observé que leurs patients sous hypnose se mettaient à communiquer avec les morts.

 
La lévitation
Illustration tirée de « Magnétisme et Spiritisme » du docteur Octave Béliard (Hachette 1933)

Naissance du spiritisme – À la fin du XVIIIe siècle l’Europe éclairée se passionna pour le somnambulisme provoqué, qu’on appela un peu plus tard l’hypnose. On lui prêtait d’étonnantes vertus curatives.

Alors que les premiers magnétiseurs se réservaient aux gens de Cour, Armand de Puységur, noble social, voulut en faire profiter ses paysans. À sa grande surprise plusieurs de ses patients se firent médecins. Tout en dormant ils se répandirent en avis digne des meilleurs spécialistes et traitèrent ainsi non seulement leur propre maladie mais aussi celles de leurs voisins – à en croire du moins le bon marquis, qui fit école. Les « cercles magnétiques » se multiplièrent.

Après la Révolution la mode en fut relancée par l’abbé Faria, héros involontaire du Comte de Monte Cristo et prisonnier bien réel du château d’If. Faria ouvrit un cabinet de magnétisme à Paris, en 1813. On s’y bousculait pour débiter en état d’hypnose les plus savantes suggestions thérapeutiques. L’un des élèves de Faria, le baron Du Potet, magnétisa madame Hanska, l’épouse de Balzac, catéchisa Théophile Gautier, le futur auteur du Spirite, et impressionna Alexandre Dumas qui se documenta auprès de lui pour achever son Joseph Balsamo.

Ces pratiques posaient un gros problème : de quoi ou de qui provenait la science de ces endormis qui, à leur réveil, redevenaient ignorants? De l’en-deçà, dira-t-on plus tard, c’est-à-dire de l’inconscient. De l’au-delà, répondirent les disciples du lyonnais Jean-Baptiste Wuillermoz, négociant en soierie et homme-clé de la franc-maçonnerie. Son frère Jacques, médecin, collaborait à l’Encyclopédie de Diderot. À la croisée des Illuminati et des Lumières, Jean-Baptiste entreprit en 1784 de magnétiser une certaine Jeanne Rochette. Mais tout en lui parlant remèdes, la jeune fille lui apporta des nouvelles de ses parents défunts et des détails sur la vie qu’ils menaient dans la maison des morts. Jeanne n’était plus seulement patiente et médecin, elle était devenu un intermédiaire, ce qu’on appela bientôt un médium. Pendant deux ans, avec la précision d’un négociant rompu aux livres de comptes, Willermoz nota ses visions d’outre-tombe. Lyon était devenue la capitale du spiritisme. À ce détail près que le mot restait à inventer. Ce fut la tâche d’un autre lyonnais, Hippolyte Rivail, qui publia en 1857 Le livre des Esprits.

 

Référence bibliographique : Christine Bergé, L’au-delà et les Lyonnais, 1995.

R.L.

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